À Québec, bien peu de gens connaissent l’histoire de Mako Oliveras, intimement liée à la capitale. Pleins feux sur une légende vivante méconnue et son parcours pas banal, des bancs de neige du quartier Giffard jusqu’aux hautes sphères du baseball.

À la fin des années 60, les Red Sox de Boston mettent la main sur un jeune prospect portoricain, Mako Oliveras. Le polyvalent joueur d’avant-champ touche alors un bonus de signature de 5000 $US, une somme colossale pour l’époque. Oliveras a beaucoup de talent, mais aussi un mentor et un ami adulé de tous : son compatriote Roberto Clemente.

Louise et Mako

Olivera entame en 1969 une carrière dans le baseball professionnel qui le mène aux quatre coins de l’Amérique…dont le Québec.

En 1970, à Winston-Salem au niveau A «fort», son coéquipier Angel Davila fréquente une Canadienne française, qui a pour amie Louise Guimond, de Giffard. Par ces amis interposés, Louise et Mako se rencontrent en décembre 1970, en vacances à Porto Rico. C’est l’amour! Mako accepte de la visiter à son tour avant le prochain camp d’entrainement.

En février, donc. En plein Carnaval.

« Après l’escale de l’Aéroport JFK à New York, j’ai remarqué du haut des airs que de plus en plus, tout devenait blanc. Je n’avais qu’un petit manteau. Je me suis demandé dans quel monde je m’en allais. C’était fou en débarquant de l’avion! La neige, il en avait partout. »

— Mako Oliveras

Bien guidé, Mako découvre l’énorme château de glace du Carnaval de Québec, la course de canots à glace, les sculptures de la rue Sainte-Thérèse et surtout, une certaine tempête, quelques jours avant son retour. Vous l’avez deviné, la fameuse «tempête du siècle» de mars 1971! Ils sont ainsi coincés pendant quatre jours dans une maison du quartier Giffard.

Mariage sur le sable… d’un losange

Le hasard fait bien les choses. Québec et ses Carnavals adhèrent cet été-là à la Ligue Eastern, celle dont font partie les Red Sox de Pawtucket, filiale des Red Sox de Boston et nouveau club d’Oliveras, promu dès le début de la saison dans ce niveau AA.

Pour Louise Guimond, c’est le début d’une superbe aventure. «J’étais la seule personne à encourager les Red Sox au Stade municipal», lance-t-elle amusée. «Je gagnais une certaine notoriété. Mako était très aimé et spectaculaire.» Louise est certainement la seule à célébrer son coup de circuit gagnant au parc Victoria. Avec les séjours qui se poursuivaient à Trois-Rivières, contre les Aigles, Mako étire de quelques jours son été auprès de Louise…

Le baseball finit par unir les amoureux. En septembre, Mako Oliveras et Louise Guimond vont officialiser leur union civilement à Pawtucket, sur le terrain des Red Sox, devant parents, amis et spectateurs!
Le couple aura rapidement un enfant, Max Junior (Makito), né à San Juan, et le nouveau-né passera sa première année dans les bras d’une femme de joueur de baseball des ligues mineures, pour la deuxième saison de Mako avec Pawtucket. «S’il faisait froid à Québec en avril, c’était pas mal la même chose dans le Rhode Island» se souvient Louise. Les bancs de bois du stade à Pawtucket étaient durs et froids comme la glace, surtout pendant 9 manches! Je devais m’assurer que notre nouveau-né soit bien emmitouflé».

Malheureusement, les Red Sox le libèrent à l’automne 1972 malgré deux bonnes saisons à Pawtucket.

La mort de près

«Faut dire que j’avais la mèche pas mal courte, sûrement que certains n’aimaient pas», avoue-t-il humblement. N’empêche, coéquipier de Roberto Clemente dans une ligue d’hiver, ce dernier le recommande à son organisation de toujours, les Pirates de Pittsburgh. Comble de bonheur, le club AA des Pirates est basé à Sherbrooke.

«Je me voyais peut-être jouer avec lui dans un avenir rapproché», raconte Oliveras. «Roberto était mon mentor depuis mon adolescence, il avait toujours la pédale au plancher, et j’étais aussi fougueux que lui. Indéniablement, Clemente avait un impact sur ma carrière, mais j’aurais tellement aimé qu’elle se poursuive plus longtemps…»

Le 23 décembre 1972, un grave tremblement de terre frappe le Nicaragua. Impliqué depuis plusieurs années dans les causes humanitaires, Clemente loue un avion pour aller porter des vivres et offrir son aide à la population durement touchée, et invite Mako à l’accompagner. Ce dernier est injoignable, et Roberto part sans lui. Le 31 décembre 1972, l’avion Douglas DC-7 de Clemente s’écrase en mer, et les quatre occupants perdent la vie.

On n’a jamais retrouvé leurs corps, mais la légende de Clemente est toujours bien vivante. «J’ai commencé à redonner aux autres, un peu comme Roberto l’avait fait pour moi».

Rétrogradé à Salem au niveau «A» pour l’été 1973 où il occupe certaines fonctions d’entraîneur, c’est finalement à Thetford Mines, nouveau domicile des Pirates de la Ligue Eastern qu’il retrouve le Québec en 1974. Il a comme coéquipier Willie Randolph, considéré comme le meilleur joueur de deuxième but de l’histoire des Yankees de New York. Pas sûr qu’une biographie le concernant souligne la soirée bien arrosée qu’ils ont passé à Giffard, à la suite d’une victoire contre Québec, à trinquer au sirop d’érable…

«Quand Roberto a conseillé aux Pirates de me donner un contrat, ça a rendu notre vie, à moi et Louise, beaucoup plus facile». Mais Oliveras n’est pas Randolph. Fiable en défensive mais moins au bâton (moyenne de .233 en quatre saisons dans le AA), sa carrière professionnelle s’arrête en 1976, il a déjà 30 ans.

Brillante carrière… comme entraîneur

Mako est très populaire à Porto Rico et il devient un entraîneur redoutable et respecté. Dans son pays, il remporte pas moins de sept championnats. Ses titres et ses étés à côtoyer les Randolph, Cecil Cooper et autres étoiles du baseball lui ouvrent de nouveau la porte du baseball nord-américain.

Il sera de retour dans le baseball affilié de 1987 à 2009, à diriger des équipes de niveau A à AAA de plusieurs organisations des Ligues majeures. En 1994, il se joint aux Angels de la Californie, à la demande d’une autre légende, Whitey Herzog. Oliveras conseille les Bo Jackson, Chili Davis, Spike Owen et Rex Hudler.

L’année suivante, il sera assigné spécialement à un joueur des Cubs de Chicago, le prometteur mais indiscipliné Sammy Sosa. Pendant trois saisons, ce frappeur redoutable est mentoré par Oliveras. Habile communicateur, le «player’s coach» (comme il aime se décrire) aide Sosa à devenir un joueur étoile. En 1998, Sosa sera élu le joueur le plus utile de la Ligue nationale.

Depuis 2011, il est de retour chez lui à temps plein, à San Juan, et poursuit son enseignement. Le terrain de baseball qui portait son nom n’existe plus, mais son étoile n’a pas pâli pour autant. Plus que jamais, sur d’autres terrains, il redonne aux autres. Il est fier de dire qu’à 73 ans, il enseigne aux jeunes 16 et 17 ans de son pays, eux qui viennent de gagner un championnat en République Dominicaine. Le baseball aura été généreux pour le natif de Porto Rico et il est membre de leur Panthéon. Il demeure à ce jour l’entraîneur porto-ricain le plus prolifique du baseball mineur affilié. Toujours aussi passionné du sport, il continue à redonner aux autres, comme Roberto Clemente l’avait fait pour lui.

Le couple Guimond-Oliveras n’aura duré que quelques saisons, mais leur relation est toujours chaleureuse. La famille Oliveras, relate Louise Guimond, a été «fort généreuse à mon endroit. Je me suis senti tout de suite la bienvenue. Passer des hivers à San Juan au lieu de Giffard, bien au chaud, était pour le moins unique et fort agréable», poursuit-elle en souriant. Leur fils Makito demeure à Montréal et œuvre dans le domaine du cinéma.

Cette histoire ressemble sans doute à dizaines d’autres, celles d’athlètes étrangers qui s’éprennent de Québécoises.

Mais cette histoire particulièrement importante pour moi, c’est l’histoire de ma cousine Louise Guimond et sa fameuse maison de Giffard, c’est la mienne aujourd’hui.

Pierre-Yves Dumont