Par Marc Durand

La saison de baseball au stade Canac approche à grand pas. Lors du séjour du Gros Bill à Québec, Jean attirait aussi les foules sur le losange.

Dans l’hebdomadaire l’Union des Cantons de l’Est du 15 septembre 1949, deux articles parlent du même athlète. Dans celui de gauche, on se demande si Jean Béliveau et les Tigres de Victoriaville seront de retour au hockey junior et à droite, ce même Béliveau frappe un circuit et fait produire trois points dans le premier match de la finale de la ligue des Bois-Francs contre Plessisville.

Un même homme, promis à un bel avenir en hockey comme en baseball. Si l’intérêt, l’immense talent et le prestige du Canadien rend l’option hockey incontournable, Béliveau est un athlète dominant aussi sur le losange.

Jean adore le baseball. Avant l’âge de 15 ans, avant d’attirer les regards extérieurs vers lui, il a déjà vu les Red Sox au Fenway Park de Boston et les Royaux de Tommy Lasorda et Jean-Pierre Roy au stade De Lorimier de Montréal.

C’est un redoutable lanceur. Encouragé par John Nault, appelé « Monsieur Baseball » à Victoriaville, Il lance d’ailleurs sur les lignes de côté des Aigles de Trois-Rivières de la ligue canado-américaine. À 6 pieds déjà, il ne passe pas inaperçu.

À 15 ans, on lui offre un son premier contrat sportif, un contrat des ligues mineures en baseball, qui l’aurait envoyé « quelque part en Alabama ». C’est sa mère qui refuse.

En 1947, il vit sa première affectation sportive à l’extérieur de la maison. À l’âge de 16 ans, il joue pour une équipe d’une compagnie minière de Val d’Or, membre de la ligue sénior de l’Abitibi. Trop jeune pour y travailler, il coupe le gazon des parcs de la ville pour payer son été.

À l’été 1949, Il joue à la balle-molle pour l’usine Fashion-Craft de Victoriaville et les statistiques de juillet lui attribuent une moyenne au bâton de .636, loin devant le 2e frappeur de la ligue ! En baseball, il enfile les circuits et les matchs complets au monticule du Club Victoriaville dans la Ligue des Bois-Francs, la meilleure de la région.

Le 8 août 1949, à la maison contre Plessisville, il frappe un circuit si puissant que les frères du Collège Sacré-Cœur sortent le galon à mesurer : 419 pieds, selon leur constat. Béliveau a gardé la balle longtemps. Sa réputation est telle qu’au printemps suivant, le gérant des Little Giants de Montréal lui offre un contrat, après un match des Citadelles de Québec au Forum ! Plus tard, il est à Trois-Rivières pour un essai avec l’équipe senior de l’endroit. En juin, Il s’aligne avec les Tigres de Victoriaville et son ami Denis Brodeur, dans la ligue Laurentienne, lors de son dernier été chez lui.

En 1951 cette fois, il participe encore à quelques jours d’entrainement avec les Aigles de la Canado-Américaine. Il avait préalablement décliné l’invitation de René Lemyre, gérant des Braves de Québec pour rejoindre le camp d’entrainement de l’équipe Myrtle Beach en Caroline du Nord en compagnie de son coéquipier Camille Henry.

Il n’aura plus d’invitation professionnelle pour Béliveau en baseball.

Toutefois, on le retrouve occasionnellement au monticule du Club Belvédère, dans la ligue junior de la ville de Québec à l’été 1952. Dominant, il n’accorde qu’un coup sûr et évente 11 frappeurs dans un gain de 5-1 sur le St-Sacrement le 27 juin. Le 11 juillet en relève, il n’accorde aucun coup sûr en trois manches, retirant 6 des 9 frappeurs sur trois prises. Grande vedette de Québec, ses présences au Stade municipal sont toujours médiatisées et attirent plus de 1000 spectateurs, qui autrement en son absence, se comptent par dizaines.

Étonnement, le 28 août 1952, devant 2000 spectateurs au Stade, il ne sera pas lanceur mais voltigeur de droite lors du match ultime de la demi-finale 3 de 5 contre Sillery, dans une défaite de 12-4. Le Club gagnant est dirigé par « Monsieur baseball » Roland Beaupré et son joueur vedette est l’arrêt-court Camille Henry.

Quelques jours après ce match, Béliveau « lance une courbe » à Frank Selke et s’entend encore avec les As de Québec, pour une dernière saison dans la Capitale.

Si 1952 a été sa dernière année de baseball organisé, c’est peut-être par solidarité envers de bons amis. Le Belvédère est dirigé par son ami Jacques Côté de la laiterie Laval qui compte aussi sur son ex-coéquipier des Citadelles et journaliste Claude Larochelle à l’arrêt-court. Aussi, le Belvédère est associé au club de tennis du même nom, propriété du défenseur des As Butch Houle et de son ex-coéquipier des Tigres de Victoriaville Lucien « Minou » Gauthier. On retrouve parmi les membres de ce club le gardien des As Jean Marois, qui est aussi un des meilleurs joueurs de tennis au Canada.

Dans un article du magazine Les Sports d’août 1952, il dit avoir choisi le hockey car il croit impossible de devenir une vedette en baseball pour un canadien-français. Il ajoute préférer maintenant le golf, dont il apprend vite les rudiments, membre des clubs Royal Québec et Victoriaville.

On ne saura jamais ce qu’il aurait pu accomplir sur le losange, chez les professionnels. En 1953, La page couverture du mensuel Les Sports montre « l’as du hockey » Jean Béliveau en chemise serrant la main du « roi des circuits » Eddie Matthews des Braves de Milwaukee, en visite au Stade municipal pour y jouer un match hors-concours face aux Braves de Québec.

Aucun doute qu’un duel lanceur-frappeur aurait fait l’histoire…